Lundi 6 octobre 2008, by Cyriac

L’arbre, accueil naturel et culturel de loisirs pour grimpeurs contemporains

Dans ce colloque, le Chercheur Sébastien Molenat, définit 6 idéaux types d’arbre abri : « d’arbre-lieu culturel »

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Julia Butterfly Hill

 

Les 6 idéaux types « arbre-lieu culturel » :

  • l’arbre-cabane d’enfance associé au groupe Peter pan,
  • l’arbre-gymnase des sportifs,
  • l’arbre-affût des naturalistes,
  • l’arbre-cirque des artistes,
  • l’arbre-squat des militants,
  • l’arbre-nid des intimistes.

Voici à titre d’exemple la description de l’arbre-nid :

« L’arbre est un nid dés qu’un grand rêveur se cache dans l’arbre » beaucoup de grimpeurs se retrouvent dans la pensée de Bachelard (1957 : 235).

Avec la grimpe d’arbre le vécu semble rejoindre le rêve et produit cette sensation paradoxale « d’immensité intime ». Marc de l’association « Des racines à la cime » affectionne les « cures sylvatiques », seul, assis à califourchon sur une branche, grâce à un léger balancement il ressent une paix intérieure, « ce nid des hauts des cimes n’a pas la tiédeur des nids terrestres » (Bachelard, op.cit : 237).

Pour ces grimpeurs hommes et femmes d’âge mûr, formés en psychologie, sensibles aux médecines douces et alternatives (homéopathie), pratiquants des disciplines orientales (yoga, tai chi) ou ésotérique (horoscope des druides), lecteurs de Carlos Castaneda, l’arbre agit comme un transcendant psychologique, à l’instar de la nature pour Emerson, ou bien de Walden ou la vie dans les bois pour H.D.Thoreau.

L’image du nid originel est très présente. Quand Mehdi grimpe en haut du cèdre de l’Atlas il pense « c’est un immigré comme moi, mais arbre noble il est intégré au paysage français ». Pour Pierre « l’homme primitif vivait dans les arbres, y retourner c’est un peu se retrouver ».

Le modèle du nid, fragile construction confondu à la nature convient à ces grimpeurs, qui dans leur corps à corps étroit avec l’arbre finissent par s’unir, Les métamorphoses végétales d’Ovide ne sont pas loin.

Claire aime rester collée au tronc et l’enlace pour puiser toute l’énergie de l’arbre rappelant la chanson de Barbara « y a un arbre je m’y colle, dans le petit bois de Saint Amand ». Leur végétalisme imaginaire conduit à un anthropomorphisme marqué. Pour Alex d’« Arbre et sens », « l’hêtre c’est un être avec qui on parle », l’arbre devient le confident comme dans Mon bel oranger de José Mauro de Vascaulos. Dans la pratique Nadine pense régresser car pendue à sa corde elle s’assimile à un foetus et le houppier au ventre de sa mère.

Ces grimpeurs aiment grimper seul pour méditer comme les ermites dans leur tronc ou les druides. Ils recherchent des arbres « vénérables » par leur port et leur âge, situés sur des lieux symboliques ou chargés d’histoires car la sensation de sérénité est décuplée. Après le temps physique et technique de la grimpe, ils aiment se poser longtemps car selon l’un d’entre eux « la vie végétale nous donne la tranquillité du rythme lent » et ils se nichent dans le creux d’une branche ou s’allonge dans un hamac.

« Auprès de mon arbre je vivais heureux jamais j’aurais dû m’éloigner d’mon arbre » chantait Brassens, ces paroles semblent guider les grimpeurs qui recherchent le contact le plus fréquent possible avec l’arbre pour éviter « le mal de l’arbre » et être en harmonie avec eux même.

Les plus « ocnophiles » (M.Balint : 1959) préféreront le houppier, les autres le faîte de l’arbre pour apprécier leur propre « miniaturité » et sentir l’élévation « Hommes, cimes et dieux » (Samivel, 1973).

La grimpe d’arbre permet la rencontre « mal partie » entre la force onirique du nid et son vécu très concret. Avec ce nouveau loisir, dans l’arbre la valorisation humaine des images du nid apparaît moins absurde. Le nid peut se substituer au divan, les pratiques culturelles dites « psychologisantes » trouvant dans l’arbre un lieu favorable à leur expression.

A vous de choisir votre « arbre-lieu culturel » !

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