Jeudi 6 octobre 2016, by Cyriac

La nature sauvage n’est pas un luxe , mais une nécessité de l’esprit humain.

Edward Paul Abbey, Désert solitaire.

« Nous sommes maintenant loin dans la nature sauvage, loin dans le monde solitaire, doux, distant et primitif, loin, très loin de tout lieu, tout homme ou toute femme familiers…
Nature sauvage : Wilderness – ce mot à lui seul fait musique.
Wilderness, wilderness… Nous savons à peine ce que nous entendons lorsque nous prononçons ce mot, mais le son qu’il fait attire tous ceux dont les nerfs et les émotions n’ont pas été irrémédiablement abrutis, engourdis, tués par le rut du commerce, la course frénétique pour le profit et la domination…
Ce mot connote le passé et l’inconnu, le giron de la terre d’où nous sommes tous issus. Il dit quelque chose de perdu et quelque chose d’encore là, quelque chose de lointain et d’intime en même temps, quelque chose d’enfoui dans notre sang et dans nos nerfs, quelque chose qui nous dépasse, quelque chose sans limites…
Mais l’amour de la nature sauvage est plus qu’une soif de ce qui est hors d’atteinte ; c’est aussi une affirmation de loyauté à l’égard de la terre, cette terre qui nous fit naître, cette terre qui nous soutient, unique foyer que nous connaîtrons jamais, seul paradis dont nous ayons besoin…
Lorsque j’écris le mot “paradis“, je ne pense pas seulement aux pommiers d’amour et aux femmes d’or mais aussi aux scorpions et aux tarentules, aux mouches, aux serpents à sonnette et aux monstres de Gila, aux tempêtes de sable, aux volcans, aux tremblements de terre, aux bactéries et aux bouquetins, aux cactus, aux yuccas, à la coquerelle, à l’ocotillo et au mesquite, aux torrents de boue et aux sables mouvants, et, oui, à la maladie et à la mort et à la pourriture de la chair…
Non, la nature sauvage n’est pas un luxe , mais une nécessité de l’esprit humain, aussi vital pour l’homme que l’eau et le bon pain. Une civilisation qui détruit le peu qu’il reste de sauvage, de vierge, d’originel, se coupe elle-même de ses origines et trahit le principe même de civilisation. »

Edward Paul Abbey, écrivain, essayiste, militant écologiste radical américain (1927-1989).