Mardi 27 septembre 2005, par Cyriac

Le tree climbing, un art de vivre

Un état d’esprit, une philosophie respectueuse de la nature.

tree climbing john nickle
Illustration : copyright John Nickle

Voici quelques lignes à propos du tree climbing : un « loisir nature » ( interprété au sens californien [1] ) que je pratique dès que j’ai du temps libre. C’est un peu comme l’escalade, sauf que là ça se passe dans les arbres. Je pars donc explorer la canopée [2] seul ou avec des amis « passionnés », comme moi, de nature et de grands espaces...

Pourquoi je pratique le tree climbing ? Car c’est que du plaisir : « Have fun ! Have an Awesome Day ! » [3] C’est aussi un peu d’effort physique, mais beaucoup de bonheur quant j’arrive à la cime d’un arbre... Là je me retrouve déconnecté du bas, de l’agitation du monde... Pour peu qu’après une bonne randonnée en forêt (histoire de sortir des sentiers battus et d’être tranquille), l’arbre que j’ai trouvé pour grimper est plus haut que les autres... alors là c’est le top : car une fois en cime je me retrouve au dessus de toute la forêt... C’est comme un océan vert (c’est un peu comme ci on étais en montgolfière).

Ensuite j’installe mon hamac sur les plus hautes branches... je me fait discret, j’écoute se qui se passe autour et je prend le temps de me poser... et très vite tout les animaux réinvestissent les lieux... à ce moment je me sent serein... je n’ai pas trouvé mieux pour me ressourcer.

Il m’arrive aussi de partir sur plusieurs jours sur des spots isolés, perdus en pleine forêt. Je prends toutes les vivres nécessaires et j’essaye de ne pas descendre au sol (en tout cas le moins possible). De ce fait, je mange, je vis et je dors dans les arbres... Mais c’est juste pour le plaisir, je n’installe rien de fixe dans les arbres, pas de cabanes.

Car pour moi, il me semble important d’avoir une pratique « éthique » en tree climbing. Respecter les arbres et ne pas les blesser car se sont des êtres vivant, me paraît être le principe de base. Mais la prise en compte de l’impact que l’on peu avoir sur l’arbre et son milieu me paraît également essentielle et principalement lors d’une pratique libre de ce loisir.

J’applique donc quelques principes quant je grimpe dans un arbre. L’idée principale de ma réflexion et qu’on ne doit pas savoir que je suis passé par là (no trace). Donc en partant je laisse le spot tel que je l’ai trouvé au début. Je ne coupe pas une branche (même pas les branches mortes), je n’aménage aucun chemin d’accès et je fais très attention à l’arbre, à la faune et à la flore. Et bien sûr, au moindre impact sur le spot, alors j’attends que la nature est « repris ses droits » avant de revenir grimper.

Pour le coté technique, je grimpe avec des techniques de corde spécifique au milieu arboré. Ces techniques sont issues de l’escalade et de la spéléologie. Mais elles viennent aussi des scientifiques qui étudient la canopée, sans oublier tous les petits trucs et astuces perso.

Pour le coté « treebu », il existe un réseau de pratiquants dans le monde qui permet entre autre de s’échanger des astuces, des techniques.... Ce réseau permet d’aller grimper sur les plus beaux spots de la planète : sur les séquoias géants de Californie, sur les baobab de Madagascar, en pleine forêt tropicale, au Japon... Ces voyages permettent aussi de faire des rencontres, de se transmettre des savoirs, valeurs et philosophie…

Mon souhait pour le futur ? Qu’à terme il y ait pour les pratiquants du monde entier une « quête commune » : rechercher, répertorier et préserver un maximum de spots de tree climbing pour les protéger de la coupe. Et lutter plus particulièrement contre le drame de la déforestation des dernières forêts primaires de notre planète.

Pour moi la pratique du tree climbing est en certaine mesure un art de vivre, un état d’esprit, une philosophie respectueuse de la nature...

Merci à vous d’avoir pris le temps de lire ces quelques lignes.


[1L’esprit des « sports californiens » s’est développé sur les acquis du mouvement de la contre-culture apparue dans les années 1960. Il s’exprimera par la libération du désir et trouve ses sources théoriques dans le freudisme, le freudo-marxisme et l’écologisme. Ce mode de vie « sportif » alternatif conteste les structures traditionnelles du sport et s’oppose aux structures organisationnelles type fédérale.

  • Georges Vigarello parle de « vertige de l’intime », d’activités naturocentrées, hedonistes, egocentrées et sophistiquées (Revue Esprit, 1982).
  • Christian Pociello note la recherche de contraintes minimales, un engouement croissant pour la pratique d’activités en dehors de toute institution. Une quête de la part des pratiquants, d’une identité propre, de plus d’autonomie et d’indépendance (Les cultures sportives, 1995).
  • Alain Loret explique que les règles cèdent la place à l’improvisation, la compétition au défi et le cadre normatif est abandonné au profit de pratiques sauvages. Toutes les contraintes s’effacent favorisant la création, les actions inutiles permettant à l’individu d’être lui-même, de vivre pleinement chaque instant. La pratique s’insère réellement dans le cadre de vie de l’individu, devient véritablement un style de vie, on recherche une marginalité, garantie de ne pas subir la banalité du quotidien (Génération glisse, 2003).

[2La canopée est l’étage supérieur de la forêt

[3En français : « Prenez du plaisir ! Passez une journée grandiose ! »